L’amortissement non déductible des véhicules de tourisme reste l’un des postes de réintégration fiscale les plus fréquemment mal traités sur la liasse. Les conséquences d’un calcul erroné dépassent la simple correction d’assiette : depuis la loi de finances pour 2024, les vérificateurs durcissent sensiblement leur approche, avec des majorations qui peuvent transformer un oubli en redressement lourd.
Majoration de 40 % pour manquement délibéré : le durcissement fiscal post-2024
Jusqu’en 2022-2023, un mauvais calcul de l’AND sur un véhicule de tourisme se soldait généralement par une réintégration assortie d’une pénalité de 10 % pour insuffisance de déclaration. Le traitement était presque mécanique.
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La pratique a changé. Selon les retours de contrôles fiscaux compilés par le cabinet Taj/Deloitte lors de leur webinaire du 13 mars 2024, plusieurs vérificateurs appliquent désormais la majoration de 40 % pour manquement délibéré lorsque le plafond de déductibilité est manifestement ignoré. Le cas typique : un amortissement calculé sur 100 % du prix d’acquisition d’un SUV très émetteur, sans aucune réintégration extra-comptable.
La distinction entre insuffisance de déclaration (10 %) et manquement délibéré (40 %) repose sur l’appréciation de l’intention par le vérificateur. Nous observons que l’absence totale de réintégration, sur un véhicule dont le prix d’acquisition dépasse largement le plafond applicable, est désormais qualifiée d’intentionnelle bien plus facilement qu’auparavant.
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Erreur récurrente sur l’AND véhicule : le risque de vérification élargie aux immobilisations

Un mauvais calcul isolé sur un exercice reste gérable. Le vrai risque apparaît quand l’erreur se répète sur plusieurs exercices, ce qui arrive fréquemment avec un véhicule mal catégorisé ou un changement de plafond CO₂ non pris en compte.
Le rapport d’activité 2023 de la DGFiP, publié en septembre 2024, décrit un mécanisme d’élargissement du périmètre de contrôle à partir d’anomalies détectées. En pratique, un mauvais calcul récurrent de l’AND déclenche un examen des autres immobilisations : matériel informatique, mobilier, agencements. L’administration cherche des schémas similaires de sous-réintégration.
Ce qui partait d’un redressement sur un seul véhicule de tourisme peut se transformer en vérification complète du poste immobilisations de la société. Pour une entreprise qui gère une flotte de plusieurs véhicules, l’effet cumulatif des redressements sur chaque exercice non prescrit devient significatif.
Amortissement séparé de la batterie électrique : le piège fiscal de la loi de finances 2025
La loi de finances pour 2025 a introduit la possibilité d’amortir séparément la batterie des véhicules électriques, sans plafond. Cette mesure favorable crée un nouveau risque de calcul erroné, avec des conséquences potentiellement plus lourdes que sur un véhicule thermique.
Le piège est double :
- Si l’entreprise applique à tort un plafond fiscal sur la batterie (alors qu’elle en est exonérée), elle se pénalise en déduisant moins que ce qu’elle pourrait. L’erreur joue contre elle, sans possibilité de correction rétroactive simple.
- À l’inverse, si la valeur de la batterie est surévaluée artificiellement pour gonfler la part amortissable hors plafond, l’administration requalifie le fractionnement du prix d’acquisition et reconstitue un amortissement global soumis au plafond véhicule de tourisme.
- La ventilation batterie/véhicule doit reposer sur des éléments objectifs (facture constructeur, documentation technique). Une répartition forfaitaire sans justificatif expose à un rejet pur et simple de l’amortissement séparé.
Nous recommandons de conserver la documentation constructeur détaillant le prix de la batterie dès l’acquisition. En l’absence de ce justificatif, le vérificateur appliquera le plafond global au véhicule électrique complet, ce qui annule l’avantage fiscal de la mesure.
Réintégration extra-comptable : les erreurs de ligne sur la liasse fiscale
Le calcul de l’AND n’est qu’une partie du problème. L’autre source d’erreur, moins technique mais tout aussi pénalisante, concerne le report sur la liasse fiscale.
- Pour les entreprises soumises à l’IS ou à l’IR en BIC, la réintégration se fait sur la ligne WE du formulaire 2058-A.
- Pour les entreprises relevant du régime BNC, c’est la ligne 36 de la déclaration 2035-B qui doit être utilisée.
- Une réintégration portée sur la mauvaise ligne, ou ventilée entre plusieurs lignes par erreur, fausse la cohérence de la liasse et peut déclencher une demande de justification, voire un examen de cohérence automatisé par les outils de la DGFiP.
L’erreur de ligne ne modifie pas le montant d’impôt dû, mais elle attire l’attention du service vérificateur sur le poste véhicules. Dans un contexte où l’administration élargit facilement le périmètre de contrôle à partir d’une anomalie, ce type d’erreur formelle peut avoir des conséquences disproportionnées.

Plafond de déductibilité et taux de CO₂ : la source principale d’erreur de calcul
Le plafond de déductibilité varie en fonction du taux d’émission de CO₂ du véhicule et de sa date d’acquisition. Depuis le passage au nouveau dispositif d’immatriculation (NDI) en 2020, les seuils ont été modifiés, et les barèmes applicables aux véhicules acquis avant et après cette date diffèrent.
L’erreur la plus fréquente que nous observons en cabinet : appliquer le barème de l’année d’acquisition initiale sans vérifier si un nouveau barème s’applique aux exercices suivants. Le plafond est déterminé à la date de première mise en circulation ou d’acquisition, mais la confusion entre date d’achat et date de mise en service fausse le calcul sur toute la durée d’amortissement.
Sur un véhicule amorti sur quatre ou cinq ans, une erreur de plafond de quelques milliers d’euros se cumule exercice après exercice. L’administration redresse alors chaque exercice non prescrit, avec intérêts de retard et, le cas échéant, la majoration pour manquement délibéré si l’erreur est jugée systématique.
Le risque principal n’est pas le montant unitaire du redressement sur un véhicule donné. C’est l’effet de levier : une erreur méthodologique appliquée à l’ensemble de la flotte, multipliée par le nombre d’exercices vérifiables. Pour une société qui renouvelle régulièrement ses véhicules de tourisme, la facture fiscale peut représenter un montant bien supérieur à l’économie d’impôt initialement recherchée.

